Ce sont des veaux qui dans les temps anciens, ont découvert l'oracle.

On dit que la découverte se fit de la manière suivante. Il y a eu une crevasse de la terre semblable à l'endroit où se trouve actuellement ce que l'on aperçoit. Des veaux paissaient autour de cette crevasse, le site n'étant pas encore habité. Chaque fois qu'un jeune veau s'approchait de la crevasse et y regardait, il se mettait à bondir de façon étonnante et à meugler d'une voix différente de celle qu'on lui connaissait jusqu'alors.

Le vacher, étonné du prodige, s'étant approché de la crevasse pour regarder de quoi il s'agissait, il lui arrivait la même chose qu'au veau : en effet, celui-ci se comportait comme une personne en proie au phénomène de l' "enthousiasme", et son gardien se mit à prédire l'avenir. Après cela, le bruit de ce qui arrivait quand on s'approchait de la crevasse se répandit parmi les paysans, qui se rendirent en grand nombre sur le lieu. En raison du prodige, tous faisaient l'épreuve, et chaque fois que quelqu'un s'approchait, il entrait en état d' "enthousiasme". Ce site fut alors tenu pour miraculeux, et l'on estima que l'oracle était un oracle de la Terre.

Pendant un certain temps, ceux qui voulaient consulter s'approchaient de la crevasse et se rendaient mutuellement des oracles, lisant ainsi à chacun leurs avenirs. Par la suite, comme beaucoup se jetaient dans la crevasse sous l'effet de l' "enthousiasme" et, sans exception, y disparaissaient, il parut bon aux habitants de la région, pour mettre tout le monde à l'abri du danger, de construire un plancher. La tâche fut très périlleuse, et les nombreuses tentatives infructueuses poussèrent les habitants à taire dans l'oubli ce lieu.

Aujourd'hui beaucoup le recherchent, certains pensent que les paysans de la région auraient détourné un ruisseau pour en faire un étang. D'autres pensent qu'il est encore là quelque part dans les puys.

Pour ma part j’observe les vaches qui creusent le sol. Elles sont une quarantaine autour de La Station. Le taureau qui les accompagne ne semble pas craindre ma présence. Ce sont des jeunettes mises en estive pour l’été. Le vacher ne dort plus sur place, c’est dommage. J’avais plein de questions pour lui. J’en ai qui suivent jusque dans la Fontaine Salée.

La chaleur et la soif m’ont grandement fatigué. Un instant j’ai pensé au triste sort de Constant Troyon et rebroussa chemin. Un peintre qui, atteint par la folie, peint, durant ses derniers mois, des vaches dans des arbres. Sur le retour j’ai consommé du réglisse de montagne qui jalonnait mon chemin. En plus de son gout acidulé dans la bouche, il coupe la soif.

La nuit, j'aime m'égarer en marchant vers les versants nord. L'air y est plus frais. Je ne peux pas me perdre sur le retour car de partout on perçoit le phare. Un jeune homme m'a même rapporté l'avoir vu depuis un village à plus de 8 km d'ici, en direction de la Grande Ourse. Nous sommes aujourd'hui la seule lumière sur cette montagne, pour encore quelque semaines du moins.

Je reprendrai mes recherches la prochaine semaine. Pour l'heure je m'occupe en fabriquant un réveil solaire.