Toujours aucune trace de l’oracle.

Je continue d’examiner chacune des crevasses alentours. Mais les nuages envahissent la montagne et les vaches ont mis quelques temps pour me reconnaître. Elles ne me permettent plus de les suivre.

L'eau de la source est au goutte-à-goutte. Heureusement, deux habitants du village en contrebas connaissent bien ce versant. L'un m’explique qu’il buvait à une autre source, sous un arbre au nord-ouest :
- Elle a dû se déplacer, mais je suis sûr que la source est toujours dans le coin.
- Il nous suffit peut-être de longer la forêt.
- La dernière fois c'était à l'époque où nous faisions encore du saint-nectaire dans le buron...
L'un des habitants part chercher un "tuyau" dans le buron :
- partez devant.
En nous dirigeant vers les bois en contrebas, il ramasse du gaillet jaune.
- Ça servait à faire cailler le lait. Aujourd'hui je fais prendre la gelée de mes confitures avec. Ma mère me demandait souvent d'en descendre au village. Pour m'appeler elle suspendait un drap blanc devant la maison. Il n'y avait pas autant d'arbres. Je le voyais bien même à 4 km.

Trouver cette source est pour moi le début d’une autre piste pour retrouver l’oracle. Mais je n'ose en parler.
La source à effectivement bougé sur plus ou moins 25 m. Elle semble couler en abondance.
Nous commençons à attendre Godot..

- C'est un avion de chasse que l'on entend ?
- Oui, c'est même plus précisément l'OTAN, dit-il en portant un grand tuyau sur son épaule. Tu peux même apercevoir l'avion de ravitaillement par moments. Il fait des huit beaucoup plus haut. Nous commençons à dégager le filet d'eau en enlevant des cailloux, des branches et des feuilles.
- Ils s'entrainent ici ?
- Oui, ils "tirent" dans la carrière de Chastreix. On rigole souvent en pensant qu'ils peuvent réveiller les volcans.
- Pourquoi, ce sont des tirs fictifs ?
- Bien sur, mais ce sont les avions de chasse de l'OTAN. Ils peuvent être appelés à n'importe quel moment. Du coup ils sont forcément armés. Prends des feuilles et des petits cailloux pour faire barrage autour du tuyau.
- Comment savez-vous tout cela ?
- C'est des pilotes qui me l'ont dit tiens. À force de s'entrainer dans le coin, ils ont voulu savoir ce que ça donnait sur le plancher des vaches. On s'est tombé dessus à l'auberge, quelques verres de rosé et voilà.

Le travail fini, devant la beauté de cette petite aventure je me décide enfin :
- Vous connaissez un lieu naturel ici, préservé par les habitants ? Auquel on aurait attribué une ou plusieurs croyances ?
- Les seules croyances qui habitent cette montagne arrivent plus aujourd'hui qu'auparavant comme cette "zone naturelle". Un endroit entièrement façonné par l'homme, encore une bizarrerie cette histoire.

Il partage alors avec moi sa perception du paysage dans un quasi mutisme. Une soudaine expression emplie de gestes, de petits mots et de silences. Une poésie sensible qui n'appartient qu'à lui. S'il connaît un lieu comme l'oracle, il ne m'en parlerait pas. Pas par secret, mais par l'expression du paysage qui existe pour lui à travers le corps et le vécu. Une montagne comme une extension de lui dont la parole en est presque absente.

- Tu lis ici ?
- J'essaie.
- Tu devrais lire Le gang de la clef à molette d'Edward Abbey.

La pluie et le brouillard m'ont fait abandonner mes recherches le reste de la semaine. Je commence à penser qu'il me faudrait utiliser une caméra ou tout ce qui s'en rapproche. Réaliser un film si je veux pouvoir trouver l'oracle. Je reprendrai mes recherches la prochaine semaine. Pour l'heure je m'occupe en scannant des traces qui commencent à apparaître ici et là dans La Station.