La nuit est bruyante mais le son est apaisant.
Le vent soutenu fait claquer les cordages et grincer la structure. Je pense à Katrina.
A l'ouest, Merdançon laisse échapper une fumée épaisse.

Premier matin, dimanche, le troupeau de vaches du champ du bas chasse un groupe de chamois venus lécher leurs pierres de sel. Étonnant spectacle qui, je ne sais pas bien pourquoi, me rappelle la vidéo de Cyprien Gaillard avec des hooligans qui s'affrontent sur fond de Koudlam.

Tous ces hêtres qu'on voit contrastent avec la forêt de la Montagne du Mont. J'aimerais récolter les faînes du bois d'en bas et les faire griller pour voir quel goût ça a. Faire la « grande fainée » du Sancy.

Je discute avec un couple qui me dit qu'il y a un retour des Salers dans le coin. Qu'avant, c'était quasiment que des Aubrac. Les Aveyronnais louaient les champs pendant des enchères « à la chandelle » : la durée de l’enchère était limitée à la consumation de deux petites bougies qui, lorsqu’elles s’éteignaient, laissaient monter une fumée indiquant la fin des paroles.

Évelyne et Gérard ont vu la lumière du phare depuis leur terrasse. Ils habitent sur le plateau des Orgues pas loin de Bort-les-Orgues. Parfois, ils sirotent un ti punch sur leur balcon en regardant le massif et ça fait un mois qu'ils voient une lumière inconnue avec « une fréquence d'environ 10 secondes ».
Ils vont revenir.

Avec François, on a regardé les étoiles un soir. Cette semaine se prêtait bien au jeu. Jupiter, Saturne et la Lune sortaient de leur alignement. La Polaire était tout le temps visible.

Un matin, le ciel était si épais qu'il était impossible de voir le soleil. Ça m'a tout de suite fait penser aux vikings et aux pierres de soleil qu'ils utilisaient probablement lors de la navigation.

Dans la semaine j'ai discuté longuement avec une dame dont le fils vient d'achever une formation en charpente maritime et dont le gendre a appris le travail de la toile. Avec leurs copains ils retapent de vieux gréements. J'ai pris leurs coordonnées.

J'ai remarqué, sous le plan de travail de la cuisine, un pot avec un bon nombre de bouchons d'oreilles.
Je me suis dit que je serais incapable de mettre ces trucs la nuit : les sons des intempéries me font dormir et je crois que j'aurais peur de me faire réveiller en sursaut par un visiteur que je n'aurais pas entendu arriver. Surtout qu'ici, on n'est jamais seul.
C'est assez drôle d'ailleurs car les gens me demandent souvent si le temps n'est pas trop long ou si ce n'est pas trop dur d'être isolé ou de se ravitailler. J'ai le sentiment que c'est l'inverse, qu'on est proche de tout ici. Je n'ai jamais été aussi proche des gens.
Il y a un peu l'idée d'une retraite ou d'un écart, mais on est aux antipodes d'un retranchement, je trouve.

Un soir, j'étais avec Gaspard. Il commençait à faire froid et j'ai donc fermé les portes. C'était tellement bien de l'avoir vu s'émerveiller devant le paysage et les objets d'intérieur que j'en ai oublié de brancher la lumière. Heureusement, un type qui attendait dehors depuis un bout de temps a dit à un autre qui venait de le rejoindre qu'il attendait que le phare s'allume. J'ai donc connecté les câbles, puis les deux hommes ont débattu sur le fait que le phare était peut-être automatique.

Suite à une remarque d'une randonneuse, je me suis mis à la recherche de myrtilles aux alentours. Il y en a bien plus sur les versants Nord du massif. Entre Guéry et Servières par exemple. Mais j'ai quand-même repéré un parterre assez fourni en montant depuis le parking, dans la pente de la cuvette sur le tertre de gauche.

J'ai laissé une carte IGN du Sancy dans l'une des boîtes, avec un numéro de la revue Nunatak.