Dimanche 7 juillet, 22h29
Nicolas et Caroline sont partis il y a peu. Ils m’ont parlé du Bruit du frigo à Bordeaux.
J’ai également eu un message plus tard dans la semaine, quelqu’un qui voulait savoir si l’on tenait un journal de bord et son adresse finissait par kxkm.net. En cherchant un peu, j’ai vu que c’était relié au komplexkapharnaüm, une équipe de plasticiens, vidéastes, écrivains et musiciens implantés à Villeurbanne.
Ça me rappelle une discussion que l’on a pu avoir sur les « laissés ».

Il me semble que je fais beaucoup de pauses. Enfin disons qu’en faisant quelque chose, je m’arrête spontanément, je regarde autour, scrute le ciel, écoute si le vent ne s’amplifie pas. Et puis je reviens à moi et fais autre chose. C’est un peu désordonné. Je pense que ça vient du manque d’habitude d’avoir un toit précaire au-dessus de la tête.
Je regarde régulièrement la météo, qui n’est généralement pas fiable, du moins pas autant que lorsque l’on regarde à l’ouest et que l’on peut dire assurément « c’est noir sur Chazelles ».

Lundi 8 juillet, 20h48
Il y a plein de natures mortes ici, à commencer par notre table de cuisine, les insectes qui se perdent dans la toile, et le(s) bouquet(s) de Benoît et Corentin.
Chaque soir, le paysage vu depuis la fenêtre S-O est un cours d’histoire de l’art sur la perspective atmosphérique. Passés le pré et la première rangée d’arbres qui sont très nets, tout devient peinture.


Juillet 2019

Juillet 2019

Le vent est un peu vénère ce soir, mais il vient du Nord ce qui ne devrait pas apporter d’orage. On dirait même qu’il a nettoyé le ciel, qui était gris ce matin, jusqu’aux monts du Cantal.

L’autre jour, le dimanche où nous étions tous les trois, une dame m’a décrit la skyline autour de la station à 360°. Je n’ai pas en tête tous les détails qu’elle m’a donnés mais j’apprends au fur et à mesure des visites. Toutes ces descriptions me rappellent une vidéo que j’avais fait d’Ales dans le téléphérique à La Paz.

Juin 2016

Mardi 9, 21h33
Sans se lever plus tôt ni se coucher plus tard il me semble que les journées sont plus longues ici. Malgré les visites, la solitude, doit faire cet effet là.

Pour revenir sur une discussion que nous avons eue avec Benoît l’autre jour aux deux comptoirs, sur le rapport à l’extérieur lorsque nous sommes seuls, je crois que l’enfermement y est pour beaucoup. Malgré la porosité de la station avec l’extérieur, le sentiment d’enfermement lorsque toutes les ouvertures sont closes provoque une certaine angoisse due au manque de visibilité sur l’extérieur. En fermant toutes les portes et fenêtres longtemps après la tombée de la nuit et en n’éclairant que très peu, les yeux ont le temps de s’habituer au paysage nocturne et l’acclimatation est beaucoup plus simple. C’est le manque de point de fuite dû à l’enfermement qui paralyse, qui rend l’extérieur étranger.
De la même manière, les boules quies limitent les bruits extérieurs mais démultiplient les bruits intérieurs et je crois que je préfère dormir avec le bruit d’un grand vent sur la toile qu’en m’écoutant respirer.

Jeudi 11, 20h42
C’et très différents d’être ici avec quelqu’un, j’ai beaucoup moins de temps pour ne penser à rien.

Lundi 15, 23h22
C’est bizarre de rentrer, j’ai l’impression de passer d’une réalité à une autre, deux mondes tout proches avançant sur des lignes parallèles et ne se croisant jamais.

Avoir recopié la cartographie/timeline des visites de la semaine à l’ordi me refait repenser aux cartes et lignes d’erre de Fernand DELIGNY. À Meynialou un tracé à échelle 1 est déjà visible dans le pré, qui mène du chemin en bas jusqu’à la station pour en faire les tour ; herbes desséchées car écrasées par le passage des autres et de nous.
Pour reprendre le vocabulaire de DELIGNY, on pourrait se demander quels sont nos chevêtres, les endroits où nos lignes d’erre se superposent alors que nous ne sommes que très peu là ensembles.

« (…) reste à partir voir un peu ce qui dans un lieu tout neuf va ressurgir pour qu’à nouveau les initiatives soient suscitées. C’est ce que nous avons appelé la recherche de N. Une majuscule qui n’évoque pas le Nord. Il s’agit de Nous, mais pas de nous en personne, il ne s’agit pas du bonhomme, serait-il une bonne femme. Il s’agit d’autre chose, N. Comme il y a une géographie du corps, il y aurait une géographie repérable de l’espace humain. »
DELIGNY Fernand, voix off et texte pour Projet N , film réalisé par Alain Cazuc, 1979


Fréquentation de la station du 8 au 14 juillet 2019